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La scolarisation des 2 Ans

(ou la classe des Tout-Petits)
Pourquoi scolariser à Deux Ans ?

Accueil des Deux Ans

Personnalité de l'enfant de 2 ans.



En accueillant les enfants âgés de 2 ans, l'école maternelle remplit une de ses missions premières.
Cet accueil est inscrit dès les origines de l'école maternelle française et il est bon de rappeler aux détracteurs de tous bords qu'elle est tout à fait dans son rôle en pratiquant cet accueil. Le problème des moyens n'est pas spécifique à cette tranche d'âge, mais il est évident que l'on n'aborde pas l'éducation des moins de trois ans avec une approche purement institutionnelle. Quelques pistes de réflexion vous sont proposées dans cette page.

1.Texte d' Henri Wallon paru dans la Revue Enfance, Numéro spécial 1-2-1963 pp. 44 à 45.

Le stade qui suit le stade émotionnel et qui intervient vers la fin de la première année ou le début de la 2° est, au contraire, tourné vers le monde extérieur. On pourrait dire que c'est l'éveil du réflexe appelé par Pavlov "réflexe d'orientation ou d'investigation". L'enfant répond aux impressions que les choses font sur lui par des gestes dirigés vers elles. Ce n'est pas qu'il sache déjà les identifier même sur le plan purement perceptif ni par lui-même. Ananiev a constaté que vers un an l'enfant ne sait plus distinguer de son propre corps l'objet quand il est appliqué sur sa poitrine, et que les seuls objets auxquels il sache s'intéresser sont ceux qui lui ont d'abord été proposés par l'adulte. Mais son activité sensori-motrice devient vite très diverse sous le stimulant de ce qu'on appelle "la loi de l'effet". Les investigations de l'enfant lui font découvrir les qualités des choses en même temps qu'elles éduquent et affinent sa propre sensibilité. Le résultat produit, soit sur lui-même, soit dans les objets, par ses manipulations l'incite à répéter le même geste pour obtenir de nouveau l'effet, puis à dépasser cette activité circulaire en modifiant le geste, afin de constater les modifications de l'effet.


 

A  cette identification, le langage va lui aussi contribuer. Les premières questions des enfants portent sur le nom des objets et sur l'endroit où ils se trouvent. Il y a là deux coordonnées primitives qui lui permettent d'en authentifier l’existence et la nature. Le nom aide l'enfant à détacher l'objet de l'ensemble perceptif où il est engagé. Il le fait survivre à l'impression présente. Il permet de l'unir à des objets semblables : une tasse reste une tasse quelles que soient sa forme, sa taille et sa couleur.

Durant la période où s'accomplissent ces progrès de la connaissance, un autre stade se prépare qui rappelle le stade émotif tout en s'y opposant. Dans les deux cas, c'est le sujet qui est en cause. Mais dans le premier, la personne de l'enfant est comme mêlée à l'ambiance; dans le second, elle paraît s'y contracter en noyau de résistance, puis vouloir se l'approprier. Dans l'intervalle s'insèrent des exercices et des jeux où l'enfant se porte alternativement aux deux pôles d'une même situation, de manière à en être tour à tour le personnage actif et le patient, comme s'il cherchait à en éprouver les deux aspects complémentaires sans être encore capable d'y fixer sa propre place.


C'est à ces jeux d'alternance : donner ou recevoir une tape, se cacher et chercher, que s'apparentent les monologues dialogués où l'enfant prête sa voix à deux interlocuteurs qui se répondraient chacun avec une intonation différente.

     C'est alors que vers trois ans débute le stade du "personnalisme"...

NB : Pour Wallon, tout développement s'opère par alternance :

alternance des "phases centripètes" de concentration sur soi;

alternance des "phases centrifuges" d'adaptation au monde.

A cet âge, la maturation progressive des centres nerveux a connecté entre les différents champs sensoriels et moteurs de l' écorce cérébrale. Ainsi les explorations de la main peuvent-elles donner tous leurs résultats. Mais elles ne suffisent pas. Elles ne dépassent pas " l'espace proche", celui qui a pour rayon la longueur du bras. L' activité sensori-motrice qui est la dominante de ce stade doit être prolongée par deux autres dont les débuts remplissent la seconde année: la marche et la parole.

Seuls, les déplacements actifs de l'enfant lui permettront d'intégrer dans le même espace continu ses environnements successifs. Seul le pouvoir de réduire personnellement les distances lui rendra sensible le lieu tout relatif des objets qu'il approche ou dont il s'éloigne. La découverte de cet espace locomoteur commence par lui faire éprouver l'espèce d'enivrement que traduisent ses courses d'un coin vers un autre, d'une pièce dans une autre. Mais en même temps il identifie plus complètement les objets qu'il découvre ou qu'il retrouve à volonté.


2.Extrait d'un texte de Jean Chateau dans "L'enfant et ses conquêtes", Librairie philosophique Vrin, 1° vol. p. 57

... Il nous faut rappeler au moins brièvement, cet intense besoin d'agir seul que manifeste l'enfant dès la deuxième année. (...) " à 2 ans même l'enfant le plus doué  sait à peine s'habiller tout seul, mais si on l'aide, si on l'encourage, il commencera déjà à éprouver le désir de prêter assistance aux personnes qui l'habillent en plaçant ses bras dans la bonne position...". Gesell signale  de la même manière que vers 2 ans et demi l'enfant manifeste le désir d'aller seul aux cabinets. Tout cela, ce sont, en effet, autant de prouesses aussi méritoires pour cet âge que l'acte de déchirer du papier pour le bébé observé par Preyer. Mais, à ce niveau, il ne s'agit plus seulement du plaisir d'être cause, dont nous avons vu le caractère ambigu au niveau du phénoménisme. Il s'agit d'une conscience naissante de l' Ego; c'est pourquoi ce désir d'agir seul se développe au cours de la 2° année à l'âge où apparaissent les diverses perspectives. (...).
NB : Chez Chateau, c'est la notion d'élan.
Chez Freud, c'est la notion de libido. Parle-t-on de la même chose ?



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